Nuits polaires

FINLANDE 2020

19 au 24 janvier 2020

Vuontisjärvi

5 jours

400m D+

T5

Accueil / Expés / Finlande 2020

Par Alex, Paul (& Antoine)

Janvier 2020. L'heure pour l'équipe Barnô et notre pote Antoine de nous envoler vers le grand nord finlandais, la légendaire Laponie ! Cette région transfrontalière au trio scandinave fait rêver plus d'un amoureux de nature et d'espaces vierges. Au programme de ce voyage imaginé de longue date, une traversée à pieds et pulkas dans la région d'Hetta, au-delà du 68ème parallèle nord. Si le temps et l'expérience du bivouac polaire nous manquent pour envisager une expé plus ambitieuse, nous tablons sur une semaine pour appréhender le milieu et peaufiner notre connaissance de l'autonomie en hivernale.

Vols Genève > Helsinki > Kittilä, 2h30 de bus jusque Enontekiö : nous voilà arrivés au cœur des forêts et lacs enneigés. Un paysage de taïga -ou forêt boréale- nous entoure et confine l'espace dans un silence religieux. Nos pas craquent sur une neige froide dont la légèreté ferait pâlir les copains de Savoie ! Côté température, un -15 sec et mordant sous la vent mais qui reste pour le moment très correct... Il faut dire que le choc est marqué avec notre hiver qui tarde à démarrer dans les Alpes, le changement climatique se manifestant de plus en plus durement. Nous passons l'entrée de notre petit hôtel, le plus ancien de la région paraît-il ! Briefing rapide par la sympathique gérante : voici le chauffage, le sauna (tradition oblige) et le curling de société. Nous y resterons 2 jours, le temps de rassembler l'équipement que nous louerons sur place puis d'acheter nourriture et carburant.

Alex trace par -22°C dans une neige de rêve

Côté matos, outre les sacs de couchage, tapis de sol et bottes grand froid loués en France, nous récupérons deux pulkas et un réchaud multicombustible auprès d'une petite boite locale organisatrice de virées en motoneige. Car oui, nos réchauds à gaz classiques fonctionnent mal au-delà de -15 degrés (qui plus est avec la complexité de trouver du gaz liquide dans ces zones isolées). Reste à filer à la pompe pour remplir des bouteilles de Sans Plomb 95, carburant essentiel à notre survie ! Matin du 19 janvier, les pulkas et sacs à dos sont chargés méthodiquement. Les batteries des frontales, GPS et autres moyens de communication au fond de la doudoune pour les protéger du froid. Un chauffeur nous attend pour nous déposer une quinzaine de bornes plus loin au village de Vuontisjärvi, point de départ de notre trip. D'ici, nous filerons cap N-NW dans un premier temps, au cœur de la réserve naturelle de Pöyrisjärvi. Nuls être humains, motoneiges ou cabanes sur notre itinéraire, la solitude la plus complète nous attend !

Mais pourquoi avoir choisi cette période de l'année nous direz-vous ? Excellente remarque. On ne l'a pas évoqué mais à la date où nous atterrissons en Laponie finlandaise, seules 4h de luminosité nous sont gracieusement offertes par jour ! Car oui, la nuit polaire vient de prendre fin. Chaque jour passé se concrétise désormais en 10min de lumière supplémentaire. Une volonté de notre part donc, pour mettre à mal notre horloge biologique et devoir s'employer sur les heures d'efforts à disposition. Autre souhait, se confronter à un froid marqué sans pouvoir compter sur un soleil qui, en janvier, n'apporte aucune chaleur disons-le ! Les dates ont également été calées avec soin en fonction du cycle lunaire, pour minimiser la luminosité de la lune et apprécier pleinement une éventuelle aurore boréale. Assez parlé, let's go !

Chargés de 70kgs de matériel répartis sur deux pulkas et de nos sacs à dos pour l'accès aux vêtements et thermos, nous entamons notre périple sur le lac gelé de Vuontisjärvi. La neige tombe doucement, le plafond nuageux semble nous écraser tant il est bas. La stratégie que nous adoptons est la suivante : un traceur sans pulka avec GPS et carte pour ouvrir la marche, suivi des deux forçats. Toutes les heures, le poste tourne d'un cran pour répartir la charge. Nous avons d'ailleurs pris le parti d'utiliser les raquettes plutôt que les skis de rando nordiques comme cela se fait habituellement dans ces régions. Deux raisons : la quantité de fraîche rencontrée mais surtout l'itinéraire à suivre, droit dans les forêts parfois denses où les skis s'avèreraient galères.

Couchers de soleil infinis sur la forêt boréale

Les premières centaines de mètres sont pénibles dans les bouleaux de basse altitude avec la neige fraîche accumulée. Même si la température n'avoisine que les -12, la dépense calorifique va monter crescendo dans les heures qui viennent. Un calme feutré nous entoure, seul le glissement de la pulka vient rythmer notre avancée. Les paysages sublimes défilent doucement au fil des heures. Mais nous avançons lentement, trop lentement ! Les forêts sont denses, accidentées, et nous obligent à varier systématiquement de cap. Après 5 heures d'effort non-stop, le soleil rasant -apparu furtivement- se couche déjà. Il est 14h et la taïga se pare d'ombres crépusculaires. Nous poursuivons dans l'obscurité avant de stopper cette première journée d'effort. Check du GPS : nous avons parcouru moins de 10km avec peu de dénivelé... Bien trop juste pour pouvoir tenir l'itinéraire prévu sans se mettre en danger. Pas de plan B dans cette région, à nous de faire les bons choix avant le point de non retour.

 

Pour l'heure, nous montons le camp. Opération qui prend une bonne heure, le temps de terrasser la neige pour les tentes, monter un mur pare-vent, sortir les affaires de la pulka, lancer le réchaud pour faire fondre plusieurs litres de neige etc. Le tout avec des moufles épaisses car le froid saisit instantanément dès la nuit tombée. Nous dégustons lentilles, blé et autres mets sans saveur, heureusement sauvés par le saucisson maison d'Alex... Nous nous hydratons comme des outres et fonçons dans nos sacs de couchage -40. Zip fermé, 18h, douce chaleur : le sommeil vient quasi instantanément et nous voilà partis pour 13h heures de sommeil plus ou moins reposantes !

Dur dur de s'extirper du sac au petit matin... La surface a durci avec le froid de la nuit, le givre nous entoure à l'intérieur même de la tente. Place à de la méthode désormais pour s'habiller, lancer le réchaud, remplir les thermos et se gaver de calories avant une nouvelle journée d'effort ! La température commence à chuter pour passer la barre des -20 degrés, avec évidemment un petit vent qui pimente le tout. Réflexion faite pendant la nuit et après étude carto, nous changeons de cap pour adapter l'itinéraire à notre progression plus lente qu'imaginée. Nous irons désormais droit vers notre point d'arrivée, sans les passages de plus haute altitude prévus initialement. Un inconvénient, nous ne disposons plus que d'un point GPS pour nous guider, à nous de nous adapter au terrain. La quasi absence de relief donne peu de perspectives, la densité des forêts et le peu de soleil complexifient l'orientation. Nous tracerons au cap et à l'instinct pour éviter au mieux les efforts inutiles !

Paysages immaculés du nord finlandais

Le temps est correct pendant ces premiers jours, quelques rayons de soleil viennent agrémenter nos "journées". Le nez dans les chaussettes et rivés sur notre effort, la contemplation a laissé place à la concentration pour tenir le timing imposé jusqu'à notre lieu d'arrivée et le retour à la civilisation. Nous approchons du point de non retour, plus le choix désormais. Il faut avancer, quitte à cracher nos poumons dans ces plaines givrées, ces sapins entremêlés et ces rivières gelées. L'eau justement ! Parlons-en. Vous imaginez bien qu'avec ce froid -facilement ressenti à -25°C-, l'eau liquide ne fait pas long feu ! Déjà que les crèmes anti-gerçures ont solidifié dans leur tubes... Pour l'hydratation, outre les quantités bues le soir et au petit-déjeuner, nous portons chacun un thermos rempli d'eau bouillante qui empêchera le gel durant la journée. Côté environnement, si nous souhaitions éviter initialement les (nombreuses) zones d'eau de la région, force est de constater dès les premières heures que les 2 mètres de glace formés sur les lacs rendent la progression bien plus facile ! Nous tâchons désormais de viser ces eaux statiques pour gagner du temps et éviter les galères dans la végétation dense.

Jour 3, la température est bien descendue la nuit dernière. Les gouttes de condensation dans la tente ont regelé rapidement, une belle aurore boréale est venue nous rendre visite. Les masques en néoprène sont de sortie sur nos visages pour éviter les gelures, alors qu'un méchant vent de face nous maltraite. Nous échangeons peu, poussés par les données du GPS qui nous incitent à accélérer. Nous suivons une clairière, où nous trouvons une ancienne trace de motoneige recouverte de neige. Bonheur ! Avancer sur un fond damé pendant une bonne heure nous fait économiser de l'énergie et avaler des kilomètres ! La joie retombe rapidement lorsque nous tombons sur une rivière d'une dizaine de mètres de large et à gros débit, synonyme d'eau non gelée... Paul fait un test sur un pont de glace. Tout casse, la botte est immergée jusqu'au tibia. Heureusement, la membrane gore-tex fait son œuvre, pas de séchage d'urgence à prévoir. À peine sortie de l'eau, la chaussure se fige dans une gangue de glace (les lacets devront être "cassés" le soir pour enlever la chaussure). Nous longeons la rive pour chercher un passage et apercevons un arbre mort tombé en travers sur les trois-quart de la rivière. Paul y retourne, cette fois sans matériel et avec l'extrémité de la corde pour fixer au besoin une main-courante voire moufler les pulkas. La glace sous l'arbre semble assez solide en se tenant au maximum au tronc couché. Les derniers mètres sont exposés, sur de la glace fine, mais ça passe ! Installation d'un point fixe sur un arbre de la rive, mise en place d'un mouflage avec poulie-bloqueur pour éviter le retour à l'eau de la pulka et c'est parti pour la traversée du matériel. Autant dire que si tout tombe à l'eau, la situation va se tendre. Finalement, tout se passe sans encombre et l'équipe traverse au sec !

Les jours suivants s'enchaînent et se ressemblent. La neige se met à tomber à l'horizontal, heureusement poussée par un vent de sud qui nous tape le dos. La progression se fluidifie au fur et à mesure que nous nous approchons de notre point d'arrivée. Nous perdons de l'altitude et retrouvons des plaines plus dégarnies où malgré l'exposition au vent, la progression est plus facile. Une routine s'est mise en place aux camps, des techniques émergent pour garder les affaires au sec, éviter la condensation, réduire notre consommation d'essence ou encore améliorer notre isolation au froid. C'est que nous étions venus chercher après tout ! Le dernier jour de notre petite semaine d'aventure arrive, nous apercevons au loin une route synonyme de contact humain ! Ou pas, quelques rares camions déboulent à grande vitesse dans un nuage de neige pour rejoindre la frontière norvégienne à quelques kilomètres de là. Nous arrivons enfin au petit chalet loué dans le village de Leppäjärvi pour nous reposer quelques jours avant de repartir en France. Bien contents d'être au chaud alors que les températures chutent pour atteindre -37°C... Objectif initial non rempli mais grande acquisition d'expérience et immersion exceptionnelle pour mieux appréhender de futures expés en grand froid :) À suivre !

The end.

À propos

Barnô, c'est la passion d'un collectif de savoyards au modeste objectif de partager leurs expériences sportives et faire découvrir des zones alpines d'exception. Voilà, c'est dit !

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