TOUR DES BAUGES

Est du massif - 2197m

Par Alex

Repas en famille ce midi, mais je n'ai pas vraiment la tête à ça. Mon esprit est déjà sur les hauteurs du Massif des Bauges. Je m'empresse de filer pour être en début d'après-midi au Col de Tamié (907m), départ d'une boucle en autonomie avec de beaux bivouacs en perspective. Cela faisait un moment que l'idée de partir quelques jours en montagnes seul me titillait les jambes, je profite d'un mois off entre deux jobs pour enfin réaliser ce petit projet. Mon sac de 15kg sur le dos, je choisis de monter en direction du Col du Haut du Four (1518m) via un petit sentier (pointillé sur la carte). Une bonne partie s'effectue en forêt, avant de traverser les pentes rocheuses sous le Parc du Mouton. J'envoie les derniers SMS et coupe mon téléphone, histoire de couper et de réellement vivre avec le soleil. Soleil qui d'ailleurs commence à légèrement baisser quand j'arrive au col. Je ne traîne pas, mange une banane séchée et direction les crêtes du Grand Roc (1805m) pour poser le premier bivouac. Légèrement avant le sommet, je trouve un endroit plutôt plat et décide donc de m'arrêter. Difficile de faire mieux, il me reste une petite heure de soleil (à vue de nez). Le barda est déballé, et je commence à faire réchauffer un bon "poulet patate", reste du repas d'hier. C'est lorsque je m'arrête que je prends réellement conscience de l'immensité qui m'entoure, je suis seul. D'un côté, on retrouve la fin du massif de la Lozère (avec la Tuile, autre sortie référencée sur ce site) et la plaine d'Albertville, de l'autre le massif des Bauges avec un coucher de soleil à couper le souffle. L'itinéraire du lendemain sous les yeux, je fais un point carte pour fixer l'objectif : suivre la ligne de crêtes puis les arêtes de l'Arpette pour finir au Mont Pécloz (2197m), qui sera le point culminant de ces 3 jours de rando. L'idée est ensuite de redescendre et monter dormir dans les alpages de la croix d'Allant. Le dernier rayon de soleil s'échappe, et il fait vite froid (et nuit), la lune se lève. Je me glisse dans mon sac de couchage et commence à rêvasser avant de ma laisser prendre par le sommeil. Je réalise que je n'ai pas beaucoup d'eau, et que je ne suis pas prêt de recharger, vu la sécheresse de ce mois d'octobre. C'est un sentiment assez étrange, je suis très content d'être là et profite de l'instant, mais cette solitude est aussi déroutante pour l'esprit. Comment exprimer cette joie face à la beauté de ce paysage ? 

La nuit fut agitée, mais je me sens plutôt bien au réveil, lorsque le jour s'installe doucement. Mon sac de couchage est gelé et je comprends mieux pourquoi j'ai eu "un peu" froid en cette fin de nuit. Un coup d’œil côté Est, le soleil devrait bientôt sortir. Je l'attends avant de prendre un bon petit déjeuner : une pomme et du saucisson, royal. Je quitte assez rapidement le bivouac pour aller prendre quelques photos au sommet du Grand Roc (1805m). La vue est juste incroyable, une mer de nuage comme on en voit rarement s'étale sur la pleine. Ici, en hauteur, on se croirait dans un autre monde, c'est fascinant. Pendant quelques 20 minutes, je suis presque euphorique, limite en délire. Je me ressaisis assez vite lorsque je dois descendre un couloir exposé (quand on est seul avec un sac de 15kg) pour rejoindre le sentier qui mène au col de la Fougère (1685m). Il faut mettre les mains par-ci par-là, et j'admets que ma concentration est décuplée par le fait d'être seul. Ensuite, la partie la plus esthétique du voyage, une petite sente suit les arêtes : Pointe de la Fougère (1849m), Pointe de Chamosseran (1935m) et les arêtes de l'Arpette pour finir au pied du Mont Pécloz (2197m). C'est une vraie belle sortie, il y a quelques passages aériens (ne pas tomber) qui m'imposent une réelle vigilance, mais l’ambiance est extraordinaire. Quelle joie de parcourir ce massif, si sauvage. Malgré tout, je commence à fatiguer et je suis contraint de ma rationner en eau pour tenir jusqu'en bas de la descente du Pécloz, que je gravis plutôt rapidement après un stop saucisson. Commence la meilleure partie, une descente totalement drue et interminable jusqu'au pont du Cariat (881m). Je n'ai plus d'eau, plus de genoux et je suis bien content de pouvoir remplir tout ça dans la rivière. Ces 3L d'eau devront tenir cette fin de journée et le lendemain. Il ne faut pas traîner, le luminosité baisse et je n'ai pas envie de dormir en forêt... Je crois qu'à ce moment là, je n'ai pas bien jaugé le timing et je bourrine donc à fond sur (petit) sentier qui relie Bellevaux aux maisons des Très Roche. Au-dessus des sources des Chaudannes, je suis mon instinct et quitte le chemin pour suivre la ligne de crête direction le Chargieu : cela devrait me faire gagner du temps en vue de monter rapidement dans les alpages. Je suis fatigué, je n'ai plus beaucoup de jambes et je tombe sur une clairière : cela fera l'affaire pour cette nuit, tant pis pour l'objectif. J'avais initialement prévu de passer trois nuits dehors, mais le manque d'eau sur le massif, et les peurs que je peux ressentir lors des bivouac m'indiquent que demain c'est retour voiture. Joli coucher de soleil, pâtes saucisson et au lit.

 

Réveil au beau milieu de la forêt. J'admets que si je suis inquiet le soir avant de m'endormir, je suis plutôt excité le matin au réveil. Prêt pour une belle journée. Un bon petit déjeuner avec les premiers rayons du soleil et je continue mes zig-zag en forêt en visant au mieux les cabanes du Chargieu. Je mets ensuite pieds sur le chemin qui mène aux alpages de la croix d'Allant et ensuite les ruines du chalet du Plan de la Limace. Sur toute cette partie, j'avance doucement, mais garde tout de même un rythme régulier et ne m'arrête peu, je crois être plutôt rapide finalement. Arrivé aux ruines, une sente nous mène au col entre les sommets du Mont de la Coche et Tré le Molard. Cette partie est raide mais absolument somptueuse, une vrai belle randonnée d'automne. Certains passage sont vertigineux, il ne faut pas tomber, mais cela passe plutôt bien dans l'ensemble. Lorsque j'arrive au col, j'ai la fin de la journée en vue : poursuivre à flan jusqu'au Col d'Orgeval (1732m) sous la Pointe d'Arcalod (2217m) pour gravir la Pointe de la Chaurionde (2173m) avant de descendre direction l'abbaye de Tamié. Après un bon casse-croûte me voila donc reparti. Sans trop de soucis jusqu'au Col d'Orgeval. En revanche, cette Pointe de Chaurionde m'a donné du fil à retordre et je ne suis pas mécontent d'arriver en haut ! Là, c'est l'euphorie, un panorama 360° sur les Bauges, les Aravis avec le Mont Blanc en fond, la Vanoise, la Maurienne... la totale ! Quel pied. C'est aussi le dernier sommet de mon petit périple en autonomie, je m'auto-congratule (il faut, parfois) pour cet objectif réalisé. Je pense être dans les temps pour arriver au Col de Tamié avant la nuit, au vu de la hauteur du soleil dans le ciel. J'allume mon téléphone au Col du Drison (1750m), je suis effectivement pile poil dans le timing. Le dernier obstacle du jour; éviter le chien qui garde le troupeau autour du chalet du Drison (oui, j'ai peur des chiens...). Après, c'est roue libre (ou plutôt pétage de jambes) jusqu'à l'abbaye de Tamié. Un bon kilomètre de route et me voici au col, fin du trip.          

21 au 23 octobre 2018

Bauges

Col de Tamié

17h00

3000m D+

T5

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